Réforme du collège 2016 : que faut-il savoir ?

Septembre 2015

En vigueur depuis 1975, le collège unique prévoit que tous les élèves doivent recevoir la même formation secondaire. Il a maintes fois été rénové (1984 : loi Savary, 1989 : loi Jospin, 1993 : loi Bayrou…), mais ces modifications à la marge n’ont pas suffi pour redonner une énergie à un collège en panne. Selon une étude présentée sur le site du Ministère de l’Education Nationale, le collège ne parviendrait pas à atténuer les inégalités sociales et tendrait à les accentuer en mathématiques et dans l'acquisition de la « mémoire encyclopédique ».

Classe Face à ce constat, le Ministère de l’Education Nationale s’est engagé dans une grande réforme du collège unique. Le 20 mai 2015, un décret et un arrêté ont été publiés au Journal officiel pour définir les grands principes qui seront applicables à la rentrée 2016.

Réformer l’Ecole est une besogne difficile : cela ne se fait pas sans heurts, et sans réactions de la part des enseignants et des parents. Pour comprendre les débats chargés de tensions qui ont lieu depuis plusieurs mois et qui vont occuper l’actualité encore longtemps, nous nous sommes penchés sur le sujet.

1/ Quels sont les objectifs de la réforme ?

La réforme du collège 2016 veut favoriser l’apprentissage en combinant davantage la théorie et la pratique : « Mieux apprendre pour mieux réussir ».
Dans ses communiqués, la Ministre, Mme Najat Vallaud-Belkacem, a insisté longuement sur les trois grands objectifs de la réforme :

- Renforcer la maîtrise des savoirs fondamentaux (en introduisant de nouvelles pratiques d’enseignement comme l’interdisciplinarité) ;
- Donner à tous les collégiens des compétences adaptées au monde actuel (deux langues vivantes dès la 5ème, travail de l’expression orale et développement des compétences numériques) ;
- Faire du collège un lieu qui tient compte des spécificités de chaque élève pour permettre la réussite de tous (grâce à de l’accompagnement personnalisé et une marge de manœuvre accordée aux établissements).

En parallèle, une refonte des programmes est engagée : les nouveaux programmes entreront en vigueur en 2016 également.

Les objectifs sont louables, mais pourquoi tant de polémiques depuis l’annonce de la réforme ?

2/ Vraies ou fausses polémiques ?

Le manque de clarté et de précision des textes parus à ce jour a engendré des doutes, des rumeurs et des incompréhensions… Différents points ont fait particulièrement débat : le latin et le grec sont-ils supprimés ? L’avenir de l’allemand est-il vraiment menacé ? Le nouveau programme d’histoire rend-il l’enseignement des Lumières et du catholicisme facultatifs ?
Le Ministère de l’Éducation Nationale a voulu faire « face aux rumeurs et rétablir la vérité » en publiant un « Vrai/Faux sur la réforme du collège en 7 points ».

On y apprend notamment que les nouveaux programmes ne sont pas définitifs, et que Jean Marc Ayrault, ancien Premier Ministre et professeur d’allemand, a constaté que « s’agissant de l’allemand, les choses ont avancé dans la bonne direction ». Ce discours est-il rassurant ? Pas toujours.

Il reste à espérer que le texte final tiendra compte des réactions des professeurs et des parents, qui doivent rester vigilants tout au long du processus d’écriture de la réforme. Si vous souhaitez vous engager dans la bataille, attendez-vous à une tâche ardue : les textes sont longs et pas vraiment faciles à lire.

Une équipe indépendante et bénévole d’une vingtaine de personnes (enseignants et parents d’élèves scolarisés) s’est déjà constituée pour servir de vigie et a créé un site internet où vous pourrez trouver des résumés de l’ensemble des textes : Reformeducollege.fr. Ce groupement réclame en premier lieu plus de clarté dans la communication du Ministère.

En tant que spécialistes des mathématiques pour le collège, nous nous sommes intéressés plus particulièrement au devenir des mathématiques.

3/ Quel avenir pour les mathématiques dans la réforme ?

3 points de la réforme vont impacter les mathématiques :
- La modification du nombre d’heures d’enseignement par niveau,
- L’introduction d’enseignements pratiques interdisciplinaires et d’heures d’accompagnement personnalisé,
- La refonte des programmes.

Le nombre d’heures de mathématiques par niveau

Actuellement, chaque élève a par semaine au minimum 4h de mathématiques en 6ème, 3h30 en 5ème, 3h30 en 4ème et 4h en 3ème, soit 540 heures de mathématiques sur les quatre années du collège.

Le projet prévoit 4h30 par semaine en 6ème et 3h30 les années suivantes, soit un total inchangé de 540 heures sur 4 ans.

Bonne nouvelle, direz-vous ? Pas tout à fait, car actuellement, à ces horaires planchers se rajoutent, dans la plupart des établissements, 1h par semaine d'accompagnement personnalisé en 6ème, et 30 minutes en 5ème et 4ème. Aujourd’hui, il y a donc dans la majorité des collèges 612 heures de mathématiques en 4 ans.

Or ces heures d’accompagnement disparaissent et sont remplacées par la nébuleuse des enseignements complémentaires qui comprennent les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) et l’Accompagnement Personnalisé.

Les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires

Les EPI, selon le projet, doivent permettre de construire et d’approfondir des connaissances et des compétences par une démarche de projet conduisant à une réalisation concrète, individuelle ou collective : l’idée est de rajouter de l’interdisciplinarité et des travaux pratiques en équipe pour motiver les élèves. Il est prévu que 2 à 3 heures hebdomadaires soient consacrées aux EPI. 8 thèmes ont été définis :

• Corps, santé, bien-être, sécurité ;
• Culture et création artistiques ;
• Transition écologique et développement durable ;
• Information, communication, citoyenneté ;
• Langues et cultures de l’Antiquité ;
• Langues et cultures étrangères ou, le cas échéant, régionales ;
• Monde économique et professionnel ;
• Sciences, technologie et société.

Là où l’affaire se gâte c’est qu’il semble que ces heures d’EPI seront prélevées sur les cours traditionnels, et donc pour les mathématiques, elles seront prélevées sur les 540 heures de base.

Ainsi, selon un exemple donné par le site Reformeducollege.fr, un projet interdisciplinaire en Sciences, technologie et société impliquant les mathématiques pourrait diminuer le volume d’heures de cours classiques de maths de 18 heures sur un trimestre !

Les mathématiques gagneront-elles du côté de l’accompagnement personnalisé ?

L’Accompagnement Personnalisé

L’Accompagnement Personnalisé, selon le projet, est une aide apportée à chaque élève pour lui permettre d’acquérir des méthodes, de renforcer ou d’approfondir ses connaissances. Tous les élèves d’un même niveau devront suivre le même nombre d’heures d’accompagnement personnalisé : 3 heures en 6ème et au moins 1 heure en 5ème, 4ème et 3ème.
Les élèves seront regroupés en fonction de leurs besoins et au sein de groupes à la composition variable tout au long de l’année.

Mais là aussi, le texte laisse entendre que les temps d’accompagnement personnalisé seront prélevés sur les heures de cours classiques… Donc 540 heures sera le temps maximum accordé aux mathématiques en 4 ans contre 612 heures aujourd’hui, soit une baisse de 12%.

Une telle baisse ne peut que s’accompagner d’une refonte des programmes.

La refonte des programmes de mathématiques

Le projet de futurs programmes a été publié le 9 Avril 2015 par le Conseil Supérieur des Programmes. Il en ressort que le programme de mathématiques au collège serait significativement allégé (particulièrement en troisième) au profit de l’étude de la programmation et des algorithmes.

Voici un résumé de ce qui est prévu :

Ajouts :

• Algorithmique
• Programmation

Suppressions :

• une grande partie de la géométrie plane,
• une grande partie de la géométrie dans l'espace,
• division d'un nombre décimal par un autre,
• notions d'inverse, de racine carrée et de puissance,
• équations "produit nul" et systèmes de deux équations à deux inconnues.

Source : Lareformeducollege.fr

Le fossé entre la troisième et la seconde en mathématiques est déjà un écueil pour nombre d’élèves qui n’ont pas acquis des connaissances solides au collège. Alors comment cela va-t-il se passer si l’on vide le contenu des programmes du cycle 4 ?

Cet allègement n’est pas du goût de tout le monde : l’Académie des Sciences a donné son avis dans son communiqué du 27 mai 2015. Elle «s’inquiète […] du manque d’ambition et de la perte significative de contenu. Ces programmes sont construits autour de «compétences» plutôt que de «connaissances», réduisant encore un peu plus la part de l’instruction dans notre système éducatif.»

Le communiqué regrette également que « les mathématiques […] semblent isolées des autres sciences et ont même perdu presque entièrement ce qui fait leur substance : la capacité de démontrer ce qu’on y affirme ».

Pour conclure (et nous conclurons avec ces éminents spécialistes), l’Académie des Sciences met tous ses espoirs dans les professeurs qui « auront à cœur d’interpréter ces programmes de la manière la plus libre possible et […] sauront transmettre de véritables contenus ambitieux, en les adaptant à chaque classe. »

Le professeur doit avoir de l’ambition pour ses élèves et les tirer vers le haut. Encore faut-il arriver à recruter et former des professeurs de mathématiques : la pénurie est plutôt de mise aujourd’hui. Ce qui est un autre sujet épineux…

Participez à notre sondage


Pour en savoir plus :

Education.gouv.fr
Reformeducollege.fr
Academie-sciences.fr
Projet de programme pour le cycle 3 (6ème)
Projet de programme pour le cycle 4 (5ème, 4ème, 3ème)

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